• Repéré pour vous ! Un blog sur MEDIAPART

    Sur fond de compétition entre les établissements des grandes capitales touristiques, le climat ne cesse de se dégrader dans l’hôtellerie de luxe. Au Hyatt et au Meurice parisiens, les personnels ont commencé à relever la tête.

    Paris, ville lumière, capitale mondiale de la haute couture, berceau de la joaillerie et des meilleurs parfums. Ses monuments, ses collections de peinture, et, pour un séjour agréable, son hôtellerie de luxe.

    Libérez vos caprices !

    Où ne rira-t-on pas de vous entendre demander de l’Evian© pour votre nouveau yorkshire ? Dans l’un des palaces parisiens - Le Meurice, le Ritz, Le Crillon, le Plazza Athénée, le Georges V, Le Bristol, le Fouquet’s  - établissements historiques de l’hébergement classieux, ou dans l’un des nouveaux venus dans ce domaine - le Royal Monceau, le Shangri la, le Mandarin oriental, la Péninsula. La concurrence est rude et l’on ne ménagera pas sa peine.  On vous apportera cette eau, au choix, à température ambiante, rafraichie ou glacée. C’est qu’ici, on ne badine pas avec vos demandes : vos désirs sont des ordres, ce qui ne manque pas de laisser des traces humoristiques parmi les personnels. On raconte ainsi : tel prince avait réservé pour lui seul le gastro - restaurant gastronomique étoilé au guide Michelin - pour trois heures du matin, mais s’est endormi entre temps laissant l’un des meilleurs cuisiniers du monde dans l’attente. Autre anecdote : telle star américaine avait demandé la construction d’un petit escalier afin que son animal domestique préféré puisse, la nuit, lui tenir compagnie dans son lit… et en descendre sans dommage.

    Si vos caprices prennent ainsi valeur de commandes toujours parfaitement légitimes, c’est bien sûr que vous y mettez le prix. Selon votre niveau dans la hiérarchie des revenus du Capital mondialisé, vous accédez à une chambre pour quelques centaines d’euros (quelque chose de correct ? 600 euros), jusqu’à la plus belle des suites avec un prix de base à 15 000 euros. Une (très) petite suite composée d’une chambre et d’un modeste salon vous coûtera environ un SMIC. Pour une nuit. Si vous souhaitez satisfaire vos besoins alimentaires, il vous faudra débourser environ 300 euros au gastro, à moins que vous préfériez déjeuner au second restaurant, moins onéreux, ou avaler sur le pouce un croque-madame autour de 35 euros en brasserie : ça fait chic et vous pourrez prendre un dessert ! Entre deux bouchées de pain de mie et d’œuf, vous pourrez observer les autres convives et identifier cinq types principaux de clients.

    Des clients pleins de ressources

    Clientèle number one : les princes arabes et les parvenus chinois et indiens, les milliardaires américains et les nouveaux riches d’Europe de l’Est. Une bonne partie vit de ses rentes et a délégué la gestion de sa fortune à des hommes et des femmes de confiance. La vie passe ainsi, de séjours plaisants dans les grandes capitales du luxe - Paris, Milan, New York, Dubaï, Londres - en escapades sur des Îles lointaines… les plus plaisantes de la planète. Plusieurs dizaines de chambres, dans des hôtels qui en contiennent parfois des centaines, permettent de loger familles, amis, collaborateurs et domestiques.

    Clientèle number two : celle des hommes d’affaires hauts de gamme, qui voyagent pour vérifier la solidité de leurs empires commerciaux et faire de nouvelles affaires. Ils ne s’attardent pas nécessairement au gastro ; leurs passages sont rapides mais éventuellement réguliers ; ils reçoivent dans leurs salons et demandent conseil au concierge de l’hôtel, qui a toujours de bonnes idées et plus d’un tour dans son sac, pour leurs emplettes et activités extra-professionnelles.

    Clientèle number three : les vedettes internationales du showbiz, qui, figurez-vous, ne couchent pas en hôtel Formule 1. Ils viennent promouvoir un film ou se reposer d’une période éprouvante. Artistes, producteurs, réalisateurs, journalistes célèbres, vedettes du monde de la nuit ou de la mode, et autres personnalités disposant de la prise en charge de leurs frais du quotidien par leurs Maisons. Les palaces sont utilisés aussi bien pour loger que comme  lieux de présentation, dans leurs salons, de nouveaux produits ou d’évènements. Parenthèse : ces mêmes salons accueillent parfois des séminaires politiques discrets, où se côtoient en toute fraternité personnalités politiques de premier plan et commentateurs médiatiques les plus en vue.

    Autre clientèle, number four : des délégations étrangères, les unes en visite officielle, invitées par le gouvernement français, les autres en séjours touristiques. On est quand même un peu baba que certains chefs d’États réputés pauvres trouvent les moyens de financer de tels voyages, accompagnés de leurs familles et de leurs proches. Mentionnons, enfin, l’existence d’une clientèle occasionnelle venant fêter qui un anniversaire de mariage, qui un événement familial. Cependant, même avec le mariage pour tous, ceux-là ne sont pas légions !

    Reste qu’il y a de la place pour tout ce monde : un établissement peut comporter entre 150 et 300 chambres et suites (dont toujours quelques-unes particulièrement prestigieuses), deux ou trois restaurants, un bar au moins, et le plus souvent un SPA ou un fitness center (voire une piscine), parfois des boutiques d’accessoires de luxe, divers salons de réception.

    Au total, pour qu’entre le moment où vous avez commandé votre café et le moment où il vous est porté se soient écoulées au maximum deux minutes et trente secondes, il faut un personnel bien "motivé". Et pour que tout s’enchaîne à votre arrivée (voiturier, bagagiste, groom et portier, réceptionniste, hôtesse…), il faut un monde à vos pieds.


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